Un homme et la banane

16 01 2010

Le lac Turkana est situé au Nord du Kenya, à la frontière de l’Éthiopie. C’est le plus grand lac permanent en milieu désertique (6405 km2) et le plus grand lac alcalin. Pour s’y rendre, il faut emprunter une piste et seuls les 4 par 4 y ont accès. Avec un groupe de 12 personnes, que j’accompagnais, j’allais visiter cette magnifique région semi-désertique et très peu fréquentée par les touristes. Nous y passions 3 nuits, en camping, sur le bord du lac. Tout près, un petit village, habité par des Turkanas, tentait tant bien que mal de survivre. Les familles y vivaient dans des petites huttes de paille, même l’église était faite de ce matériau, et son plancher était en terre battue. Notre camping improvisé se trouvait sur les rives du lac, à environ 1 km du village. Nous y passions 3 jours. Le premier matin, tous les enfants du village venaient se baigner avec nous dans ce lac immense et superbe. Deux particularités : les crocodiles et la salinité du lac. Ce lac ne pouvait pas servir à l’agriculture, car il contient un taux de sel qui ne permet pas d’en utiliser l’eau, ni pour boire, ni pour cultiver. Quant aux crocos, ils n’avaient pas l’habitude de venir de ce côté du lac, mais tout de même, ça nous donnait un petit frisson, rien que d’ y penser.  Les enfants cherchaient à attirer l’attention, car les gens du village n’avaient accès à notre camping que sur invitation. Sinon, impossible d’avoir un peu de tranquillité, nous aurions été envahis. Il fallait voir défiler les enfants, avec leurs petits bobos, pour se faire soigner dans notre dispensaire improvisé. À chaque fois que j’y allais, nous servions de dispensaire pour soigner les petites blessures et ça nous donnait l’impression de faire un peu de bien à ces gens si démunis. Un jour, que je me promenais seul le long de la plage, je vis un vieillard (sans âge, puisque les gens de ce coin sont si maigres et si peu privilégiés par la vie qu’ils paraissent vieux à 30 ans) sur le bord de l’eau. Assis sur la plage et paraissant affaibli, il me fit un signe en frottant sa main sur son ventre. Je m’approchai de lui et je compris qu’il avait très faim et que par ce geste, il me montrait son ventre vide. Je lui fis comprendre de m’attendre quelques minutes et je retournai au campement chercher une banane et une orange. Quand je lui tendis la banane, il la prit et la mit immédiatement dans sa bouche, sans même la peler. Je l’arrêtai et lui montrai comment enlever la pelure avant de la manger. Je m’attendais à ce qu’il la mange d’un coup, sans s’arrêter, en s’empiffrant. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir déguster la banane à petites bouchées, la savourer comme si c’était l’aliment le meilleur qu’il avait mangé dans sa vie. La dignité avec laquelle il mangea le fruit  me fit sentir coupable de l’avoir imaginé se mettre la banane en entier dans la bouche, tellement il avait faim. Pour me remercier, il me donna la main et ses yeux étaient lumineux. Je me rendis compte qu’il n’avait jamais vu une banane dans sa vie et que pour lui, ce fruit si banal, que l’on retrouve à tous les jours dans notre alimentation, était le plus précieux des trésors.

Michel Duchesne, professeur en Techniques de tourisme

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